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La première fois… Telemme InfosÀ l’occasion de la création de Telemme, Gérard Chastagnaret, directeur et fondateur de l’UMR, et le conseil de laboratoire ont décidé de créer une lettre d’information dont le premier numéro est paru en juin 1994. Dans quel but ? *Fédérer les membres des anciens centres (autrefois réunis par spécialité académique) autour d’une recherche collective, avec des thèmes de travail transversaux. *Mettre en place et valoriser un nouvel outil de transmission du savoir : la journée d’études, adoptée pour mettre en place une réflexion et une confrontation collectives des méthodes, des approches scientifiques de ces différentes disciplines (médiévale, moderne, contemporaine, géographie, ethnolinguistes, architectes, hispanistes et plus tard historiens de l’art ). * Diffuser le calendrier des manifestations scientifiques. Quelle fréquence ? 3 fois par an. Quel format ? Format A4 en 4 pages. *À la Une, l’éditorial rédigé par la direction présente les projets novateurs, la politique générale du laboratoire et des instances partenaires, rappelle les missions collectives et les échéances institutionnelles. Le sommaire propose un regard rapide sur les rubriques du numéro. Une illustration (dessins, photos, cartes ) en rapport avec la partie Dossier complète la Une. *En page 2, le thème du « Dossier » est différent pour chaque numéro. Il valorise les travaux des membres de l’unité, souligne une spécialité du laboratoire ou de nouvelles collaborations. Les premiers numéros ont présenté les activités scientifiques par aire géographique, puis le Dossier s’est ouvert à chaque groupe de recherche, aux revues soutenues par Telemme, à des fonds d’archives particuliers, à des sujets transversaux, à des coopérations internationales. *En page 3, la partie « Bloc-Notes » se compose en deux parties : un aspect « Nouvelles Technologies » a permis à Véronique Ginouvès de partager sa veille technologique, et un autre espace transmet les travaux des membres de l’UMR, leurs publications récentes, l’actualité de l’UMR, les allers et venues des membres, l’arrivée de nouveaux et les soutenances ou les nominations. La page 4 est consacrée à l’Agenda du laboratoire. Celui du mois d’octobre présente le programme de l’année scientifique de Telemme offrant une vision générale sur les activités. L’agenda des mois de janvier et d’avril détaille les séminaires, les journées d’études et les colloques, avec précisions sur les participants. Pour qui ? Telemme Infos n’a pas eu vocation à se limiter à la communication interne à l’UMR. Une diffusion large s’est établie auprès des instituts partenaires, des personnels de l’Université et du CNRS, des laboratoires de la MMSH et bien au delà. L’expédition par courrier a permis d’établir des contacts et des échanges avec d’autres laboratoires du CNRS ou des Universités. Évolution Les premiers numéros de Telemme Infos étaient mis en page de façon « artisanale », dans le sous-sol de l’Université, dans les locaux du GDR, et imprimés par le service imprimerie. Olivier Raveux a participé activement à cette aventure ; Roland Caty corrigeait méticuleusement les « coquilles » qui auraient pu nous échapper. Christine Dotto a ensuite pris la relève pour traquer l’erreur et apporter de précieux conseils de mise en page. À partir de 1996, la mise en page et l’imprimerie de Telemme Infos ont été externalisées, lui donnant une nouvelle présentation et une lisibilité, repérable par sa couleur bleu et par son logo inspiré du logo de l’UMR. Ce changement s’est réalisé dans la continuité de la politique éditoriale, avec un souci de faire participer les membres de l’unité. En 1997 Telemme Infos s’est fait l’écho de la satisfaction générale du déménagement à la MMSH : ce véritable lieu de travail a créé des synergies avec d’autres laboratoires de la MMSH, et stimulé les croisements disciplinaires et internationaux. Telemme Infos a maintenu sur la longue durée son souci de témoigner de la vitalité scientifique du laboratoire, de la dynamique de ses chercheurs, des questionnements renouvelés, des ouvertures transdisciplinaires, et des démarches comparatistes avec d’autres pays de la Méditerranée.
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Les chercheur·e·s de l’UMR TELEMMe s’intéressent à l’archivage des images et des sonsAu moment de la création l’UMR TELEMMe, plusieurs membres qui la rejoignent appuient leurs recherches sur les images ou sur les sons. Philippe Joutard et Jean-Claude Bouvier (en photographie) ont créé en 1979 le CREHOP, Centre de recherche et d’études sur l’histoire orale et les parlers régionaux, favorisant la création d’une phonothèque où sont archivés de nombreux entretiens de terrain. Celle-ci a d’abord intégré le GdR Nord Méditerranée avant d’être rattachée, tout naturellement, à l’UMR. Un poste d’assistante ingénieure est obtenu auprès du CNRS par Gérard Chastagnaret en 1995 pour gérer ces archives. À peine le concours obtenu, la phonothécaire est lauréate d’un financement européen visant à dresser un état des lieux des fonds d’archives sonores en Europe du Sud et poser les jalons d’un réseau international dans le domaine. Grâce au soutien de l’unité, la phonothèque va se développer et s’ouvrir à la Méditerranée, facilitant ainsi son intégration au sein de la MMSH en 1997. Plusieurs chercheur·e·s et ingénieur·e·s ont soutenu le projet dès ses débuts : Jean-Claude Bouvier et Jean-Noël Pelen bien sûr, Christian Bromberger, mais aussi Marie-Françoise Attard-Maraninchi, Claudette Castell, Nicole Coulomb, Dominique Dalga, Claude Martel, Jacques Tourrel, ... Cet accompagnement réflexif par les membres de l’unité durant ses premières années a consolidé la reconnaissance de la phonothèque, tant au sein de la MMSH qu'auprès de diverses institutions nationales et internationales. Ainsi, Maryline Crivello qui vient tout juste d’obtenir un poste de maîtresse de conférences à l’université de Provence s’est intéressée à cette nouvelle phonothèque dès 1996 et propose d’ajouter le sonore à la création d’un pôle image qu’elle souhaite initier en collaboration étroite avec Bernard Cousin. Dans le sous-sol où se trouve les archives de TELEMMe, un rez-de-jardin du site Schuman, naît le « Pôle image sons » au sein de l’UMR, aujourd’hui actif sous le nom de Pôle images, sons, pratiques du numériques en sciences humaines et sociales (4). Cet accompagnement intellectuel et cette confiance ont perduré. Tout récemment Philippe Joutard a accompagné le versement des archives de son épouse (5) qui travaillait dans les années 1980 avec des élèves sur la thématique de l’histoire orale et de la migration ; Sophie Gebeil vient de verser, en sus des entretiens liés à son travail de thèse, les fichiers numériques des présentations issues de la conférence RESAW 2023 (6) dont la publication est imminente. Citons enfin, marque de souvenir, parmi les fonds sonores notables celui célébrant les 20 ans de l’UMR : « Une histoire du laboratoire TELEMME (1994-2004) : essai d’ego-histoire collective » (7).
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Les pionnières du genre. Premier programme transversalLe Groupe de recherches femmes Méditerranée est le premier programme transversal de la MMSH. Cette équipe pluridisciplinaire composée d’historien.nes, de sociologues, linguistes, philosophes, littéraires s’est constituée en janvier 1994 autour de deux coordinatrices : Martine Lapied et Geneviève Dermenjian. L’étude des femmes dans l’espace euro-méditerranéen du XVIe au XXe siècle constitue l’axe principal des recherches collectives et individuelles tout en précisant que celles-ci se construisent d’emblée dans une approche comparative et relationnelle entre femmes et hommes, seule à même de permettre l’élaboration de grilles analytiques et interprétatives pertinentes. Le premier thème de recherche commun aux divers champs disciplinaires se décline en trois axes : Espaces et pratiques sociales, Représentations, Femmes et pouvoirs et donne lieu à deux premières publications en 1997 : Le forum et le Harem (PUP) (1) et au n°186 de Provence historique : Femmes et politiques en Provence (2). Les notions de visibilité/invisibilité conçues comme des grilles d’observation de la différence des sexes furent mises en chantier commun à partir de 1996 lors de séminaires durant lesquels interviennent des collègues de la MMSH, de l’Université de Provence, du LEST mais également de centres de recherches européens tels que le centre Dona i litteratura de Barcelone , de journées d’étude ( dont deux coorganisées avec le groupe Représentations de TELEMMe) et un colloque. L’ouvrage Femmes entre ombres et lumières recherches sur la visibilité sociale (XVIe-XXe siècles) paru en 2000 (Publisud) (3) constitue une étape de ce programme qui se focalise ensuite sur les mécanismes d’héroïsation au prisme de la différenciation socio sexuée. Une première thèse est soutenue par une doctorante de l’équipe en 2001. Le Panthéon des femmes, Figures et représentations des femmes publié en 2004 (4) clôt l’activité du GRFM. L’équipe intègre en effet l’UMR TELEMMe avec une coordination assurée par Martine Lapied et Geneviève Dermenjian et une nouvelle ouverture thématique consacrée à : Femmes, pouvoir, créativités. Dynamiques et résistances. Tout en gardant une continuité dans la constitution de l’équipe, le groupe s’ouvre davantage à la jeune recherche, maintient son orientation pluridisciplinaire tout comme son parti pris d’être un espace d’accueil pour des chercheureuses associé.es (notamment des enseignantes du second degré). C’est désormais au sein de GEFEM ( GEnre-FEmmes-Méditerranée), seul groupe consacré aux études de genre dans un laboratoire de la MMSH ( et d’AMU) que se développent ses activités scientifiques comme en témoignent les séminaires mensuels, les journées d’études et la coordination de l’axe consacré à la place des femmes dans la cité au sein du réseau d’excellence de recherche en sciences humaines sur la Méditerranée ( RAMSES) ainsi que sa riche actualité éditoriale collective : parution en 2008 de l’ouvrage collectif consacré à La puissance maternelle. Mythes et représentation ( Actes sud, Barzakh) (5) traduit en espagnol puis La place des femmes dans la cité publiée en 2012 au PUP (6) au sein de la nouvelle collection Penser le genre inaugurée par la parution de deux ouvrages de membres de l’équipe GEFEM. Le groupe désormais co-dirigé par Martine Lapied et Karine Lambert oriente ses recherches vers la créativité féminine. Suite au départ à la retraite de Martine Lapied, GEFEM, coordonné par Karine Lambert (et Anne Montenach de 2008 à 2011) ouvre un nouvel espace de recherches autour des thèmes : Genre et transgressions : pratiques, stratégies, représentations dans l’espace euro-méditerranéen (XVIe-XXIe siècles) qui donnera lieu en 2015 à la publication des ouvrages Genre, révolution, transgression ( PUP- coll. « Penser le genre ») en 2015 (7) et en 2020 Genre, récits et usages de la transgression (PUP, coll. « Penser le genre ») (8). GEFEM multiplie les collaborations avec d’autres axes de TELEMMe, particulièrement les groupes Corps ou Révolution, la jeune recherche (Efigies), renforce ses liens avec d’autres laboratoires de la MMSH (LAMES, IDEMEC) , d’AMU (LERMA) participe à la mise en place du projet européen ITN GENDERMED au sein de la MMSH, à la structuration des études de Genre en France au sein de la fédération du RING puis de l’Institut du genre, renforce son réseau avec la rive sud de la Méditerranée en participant à la création du RUSEMEG (premier réseau universitaire et scientifique euro-méditerranéen sur le genre et les femmes) en 2014 à la MMSH. Le 11 décembre 2014, le séminaire La Recherche et la Cité est organisé sur le thème L’opéra et la Méditerranée au Conservatoire Darius Milhaud, Aix-en-Provence par GEFEM (9). Deux nouvelles thèses sont soutenues par des doctorants de l’équipe en 2012 et 2013. A partir de 2018, GEFEM devient GECRIS, Genre, résistance et innovations sociales dans l’espace euro-méditerranéen en situation de crise(s), un axe de recherche qui prend pour champ l’espace euro-méditerranéen dans toute la diversité de ces réalités géographiques et socio-politiques avec la focale de la lecture des normes de genre, de leurs évolutions et de leurs interactions avec les modèles sociaux globaux sur le temps long de façon à densifier les explications qui peuvent éclairer les innovations, transformations ou ruptures socio-politiques et les résistances à ces dernières. En plus des partenariats et collaborations scientifiques, soucieuse de s’inscrire davantage dans un dialogue fécond avec le monde social, GeCris a développé de nombreux projets avec des acteurices du champ associatif et culturel et de la société civile (Fondation Anna Lindh, Chaire Jean Monnet, INCa – Cancéropôle-Paris, Festival de Cinéma Nouvo Mond.o, Forum femmes Méditerranée). Dans le cadre du LABEX-MED, GeCris co-organise avec le LAMES un colloque international Altérités et résistances à l’épreuve du genre en Méditerranée (novembre 2019) (10) qui a permis d’identifier et d’analyser les cadres propices aux changements et aux aménagements des normes de genre et leurs effets en termes d’adaptation, de résistances et d’évitement dans l’ensemble des contextes sociaux du bassin méditerranéen. L’équipe GeCris, soucieuse de soutenir et d’accompagner la jeune recherche en études genre dans le périmètre d’AMU et du bassin euro-méditerranéen, a co-organisé en 2020 une école doctorale (CORMED 1) (11). GeCris réalise deux webdocumentaires en collaboration avec des artistEs : le premier consacré à une réflexion sur l’impact du Covid sur les corps et actions politiques des femmes ( Festival Jeu de l’Oie AMU-MUCEM 2020), le second suite à l’obtention d’une Bourse aux projets de culture scientifique interroge les articulations entre normes de genre et performativité des pratiques individuelles et collectives par une approche micro historique d’un féminicide. L’équipe s’inscrit en effet dans le tournant créatif en SHS et développe des projets autour des écritures alternatives en SHS. En 2024, après 30 ans de fonctionnement, le groupe disparaît pour devenir l’atelier transversal GEEM (12), qui s’inscrit pleinement dans le renouvellement historiographique et épistémologique des études de genre et affiche une ambition marquée d’interdisciplinarité et d’ouverture méthodologique vers les arts visuels, médiatiques, scéniques, la littérature et les techniques numériques. Les travaux accompagnés dans le cadre de l’atelier visent à utiliser le genre comme catégorie d’analyse et comme objet de recherches autour de deux axes principaux : les dimensions historiques des résistances, résiliences et marginalités et les dynamiques spatiales et environnementales des genres, à l’échelle euro-méditerannéenne.
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Premier colloque : "Libération du Midi : une révolution ?"Ce colloque dont j’avais oublié qu’il était le premier organisé par l’unité s’insérait dans un projet plus vaste que nous avions lancé avec Pierre Laborie, alors professeur à l’Université Toulouse-Le Mirail, sur « La Résistance et les Français ». Ce projet visait à faire un bilan des recherches sur la Résistance en France, de les confronter avec les travaux de spécialistes étrangers travaillant sur le même thème dans leur pays et de rééquilibrer une tendance dominante qui ne concevait la période de la Seconde Guerre mondiale en France que sous l’angle de Vichy et de la collaboration. Il s’articulait autour de six colloques internationaux dont les premiers venaient d’avoir lieu, d’abord à Toulouse, un an auparavant (16-18 décembre 1993), porté par l’Université de Toulouse-Le Mirail et soutenu par l’Université Aix-Marseille I, via le GDR Nord-Méditerranée, et le deuxième à Rennes II du 29 septembre au 1er octobre 1994. Quatre autres devaient suivre, le dernier, porté par TELEMME, se tenant à Aix du 20 au 22 mars 1997 et donnant lieu, outre la publication des actes (La Résistance et les Européens du Sud, Jean-Marie Guillon et Robert Mencherini dir., Paris, L’Harmattan, 1999), à un numéro spécial des Cahiers de l’IHTP dont je partageais la responsabilité avec Christian Bougeard (« La Résistance et les Français. Nouvelles approches », n°37, décembre 1997). Il tentait un premier bilan d’une entreprise qui comprenait aussi des rencontres d’étape. Le colloque d’Aix de 1994, qui n’a pas donné lieu à publication, a été la première de celles-ci. Elle testait la question des spécificités régionales de la Résistance et de leur traduction au moment d’une Libération qui était à la fois la dernière révolution du XIXe siècle et l’acte fondateur de la France de la deuxième moitié du XXe.
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Les premiers recrutements de chargé(e)s de recherche CNRS à TELEMMeC’est au cours des années 1996-1998, une période charnière à bien des égards, que l’UMR TELEMMe a connu ses premières affectations de personnels de recherche du CNRS. Celles-ci concernaient les deux principales disciplines de l’unité en effectifs de l’époque, la géographie et l’histoire, avec les arrivées de Béatrice Mésini en 1996 (section 39 « Espaces, territoires, sociétés »), dans les « caves » régulièrement inondées du campus Schuman, et d’Olivier Raveux en 1998 (section 33 « Mondes modernes et contemporains »), dans les nouveaux locaux du Jas-de-Bouffan de la MMSH, première MSH fondée en province. Ces nominations s’inscrivaient dans un double contexte. Le premier était celui d’une unité récemment créée (1994), que le CNRS avait décidé de renforcer par l’apport des travaux de jeunes chercheur(e)s, le concours de CR2 permettant alors d’atteindre cet objectif stratégique. L’ouverture de la Maison méditerranéenne des sciences de l’homme en 1997 et le déménagement de l’UMR TELEMMe dans ces nouveaux locaux constituaient le deuxième cadre de ces affectations. Là encore, il s’agissait de dynamiser, par l’injection de forces vives, les recherches sur les thématiques porteuses ou prioritaires de l’époque (« résistances à l’exclusion » et « histoire économique et sociale du monde méditerranéen » notamment). Afin de faciliter leur intégration dans l’unité et leurs recherches sur le terrain, les premiers CR ont été accueillis par une équipe bienveillante de PAR (Claude Bruggiamosca, Christine Dotto, Marie-Françoise Attard-Maraninchi et Roland Caty), et placés sous les ailes protectrices de quelques chercheur(e)s expérimenté(e)s (Jacques Guilhaumou, Jean-Noël Pelen et Christiane Villain-Gandossi). Leur insertion s’est rapidement achevée en 1999 par leur implication dans un exercice déterminant pour la vie de l’unité et de ses membres : la préparation du projet scientifique pour le renouvellement du contrat par ses deux tutelles (Université d’Aix-Marseille – qui était encore l’Université de Provence - et le CNRS). En étant partie prenante des choix scientifiques et de la coordination des programmes ou des groupes, le personnel de recherche CNRS avait définitivement trouvé sa place dans son unité d’accueil.
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Rives fait peau neuveEn 1987, à l’occasion de la création du groupement scientifique Nord-Méditerranée Cultures et civilisations méridionales (XIe-XXe siècles), son directeur Philippe Joutard crée une publication destinée à rendre compte de ses activités. Le premier directeur de publication est Daniel Armogathe, secondé de Claire Laurent et d’une équipe technique associant Christine Dotto chargée de la composition et René Borruey de la maquette puis de Jacques Tourrel. Le tirage en est confié à l’UER d’histoire. Le premier numéro en explique les objectifs qui sont de donner une visibilité aux recherches du GS dédié à « une étude pluridisciplinaire relative aux phénomènes historiques, géographiques, ethnologiques, linguistiques et architecturaux. » L’idée est de faire circuler l’information, de rendre compte des recherches collectives en cours et, dans les numéros qui sont envisagés par la suite, de dresser des bilans par la publication de comptes rendus, tables rondes, positions de thèse et rapports de recherche. Si ce premier numéro « se présente sous la forme modeste d’un petit bulletin à caractère essentiellement informatif », l’ambition est déjà de doter la recherche collective d’une publication à caractère scientifique. En 1998, Gérard Chastagnaret, directeur de TELEMMe confie à Gabriel Audisio, Professeur d’histoire le premier grand changement : le bulletin d’information interne devient revue scientifique. Le premier numéro thématique, placé sous la direction de Christine Peyrard, est consacré aux partis, factions, lignées et pouvoir local entre XVe et XIXe siècle. Rives nord-méditerranéennes commence à prendre son envol, destinée à être la vitrine des activités de recherche menées dans le cadre des journées d’étude et des colloques organisé·es par le laboratoire TELEMMe. En 2000, le secrétariat de rédaction est confié à Laurence Lablache à la suite de Claire Laurent partie à la retraite. Elle informatise le poste et initie dès 2001 la version électronique de la publication sur la toute jeune plateforme Revues.org (qui deviendra OpenEdition). La publication adopte alors un rythme régulier avec 3 numéros par an. En 2008, à l’occasion de la sortie du numéro 29 de cette nouvelle série - dédié aux textiles en Méditerranée et placé sous la direction de Gilbert Buti, Jean-Paul Pascual et Olivier Raveux -, la maquette de la publication change pour adopter une présentation plus graphique, avec une image de couverture, un format plus grand et une mise en page modernisée. La Méditerranée devient, en outre avec ce numéro, l’objet placé au cœur de la publication, le fil rouge en même temps que le sujet des questionnements scientifiques traités par le dossier. Dès lors, la ligne éditoriale de Rives s’infléchit sensiblement en définissant la Méditerranée comme une aire géographique, une projection de la Méditerranée ailleurs et l’ailleurs en Méditerranée, et l’envisage dans une vision comparatiste. En 2009, un nouveau pas est franchi par le changement de titre adopté : Rives nord-méditerranéennes fait place à Rives méditerranéennes, un changement opéré pour le numéro double 32-33 consacré aux élites et placé sous la direction de Lucien Faggion. Cette évolution n’est pas un simple affichage mais entend accompagner l’ouverture de la revue à d’autres horizons. La mue de la revue se poursuit à grands pas après 2015, conférant à Rives méditerranéennes un statut et une audience solidement établie. La création de deux comités - de rédaction et scientifique - s’accompagne de l’élaboration d’une charte éthique, bientôt suivie d’une refonte des statuts de la revue et d’une réélaboration de sa ligne éditoriale. Ces actions achèvent de conférer aux numéros publiés sous forme de dossiers thématiques le visage d’une publication scientifique. La présence de rubriques telle la page « Jeunes Chercheurs » bientôt transformée en rubrique « Varia », la relecture en double aveugle, l’ouverture des comités à d’autres disciplines que celles représentées dans le cadre de TELEMMe, telle la sociologie ou l’histoire ancienne, donne une nouvelle envergure à la publication. Son lectorat s’élargit grâce à la politique d’accès facilité aux articles, dans un premier temps par la mise en ligne des numéros sur la plateforme Cairn, puis, depuis 2020, en libre accès, sans embargo, dès publication sur le site d’OpenEdition. Aujourd’hui, si l’aventure se poursuit grâce à une nouvelle direction en binôme extérieure au laboratoire, la revue est désormais solidement implantée dans le paysage éditorial des deux rives de la Méditerranée et sa mémoire préservée en même temps qu’accessible grâce à la réunion, depuis 2023, de l’ensemble des numéros des deux publications que sont Rives nord-méditerranéennes et Rives méditerranéennes sur le même site d’OpenEdition.
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Premières expériences d’édition scientifique en ligneEn 2004, année de lancement de El Argonauta Español (1), donner vie à une revue scientifique nativement numérique n’était nullement une évidence. L’édition en ligne en était alors à ses balbutiements. Elle ne faisait pas consensus au sein de la communauté scientifique. Nous n’étions pas loin d’une querelle entre anciens et moderne, entre partisans du tout papier versus partisans de l’ouverture sur le numérique. Les pas décisifs que l’on franchit sont souvent affaire de rencontres et d’amitiés. Grâce à Gérard Dufour, j’ai fait connaissance en ce déjà lointain début de XXIe s. d’Ángel Martínez Velázquez, professeur d’histoire contemporaine à l’UNED (Université Nationale d’Enseignement à Distance – Madrid) qui, avec un autre grand historien, Julio Aróstegui, avait fondé en 1998 HISPANIA NOVA. Primera Revista de Historia Contemporánea on-line en castellano (2). Que ce soit à l’université ou à l’historique Cervecería alemana, place Santa Ana, à Madrid (qu’Ángel Martínez Velázquez affectionnait tout particulièrement), nous avons beaucoup échangé sur l’édition numérique et sur les possibilités qu’elle offrait. L’idée a fait son chemin et quelque temps plus tard nous présentions à Bernard Cousin, directeur de l’UMR, notre projet : créer sous l’égide de TELEMMe une revue consacrée à l’histoire de la presse espagnole des origines à nos jours, nativement numérique et en accès libre. Ce retour en arrière est d’ailleurs l’occasion de le remercier d’avoir cru en ce projet. Tout naturellement nous sommes tournés vers Revues.org, site fondé en 1999 et qui en 2003, lorsque nous avons posé notre candidature, comptait 13 revues en ligne. El Argonauta Español ne fut pas la 14e. Le projet d’une revue « se limitant » au seul champ de l’étude de la presse espagnole fut sans doute jugé à risque. L’appui du laboratoire fut alors décisif. El Argonauta Español put malgré tout initier sa course en 2004 en ayant pour port d’amarrage le Pôle Image-Son (3) de la MMSH fondé en 1998 sous l’impulsion de Maryline Crivello et il bénéficia pour la construction du site et la mise en ligne des articles (sur l’une des premières versions de Lodel) de l’ingénieur informatique du laboratoire, Eric Carroll (arrivé en 2001). Quelques années plus tard, en 2011, dans un contexte bien différent, alors que venait d’être créé OpenEdition, et que la plateforme Revues.org avait gagné en puissance (avec quelque 100 revues), El Argonauta Español sollicita de nouveau, son adhésion à Revues.org afin d’évacuer un certain nombre de problèmes techniques, pouvoir bénéficier de la dernière version de Lodel et gagner de ce fait en autonomie dans la gestion des contenus. Elle l’obtint et la revue put compter pour opérer sa migration là encore sur l’appui de l’UMR qui, comme ce fut souligné dans le rapport du contrat quadriennal 2008-2011, rubrique « Edition et médias » avait commencé « au-delà des initiatives individuelles à développer une politique de présence sur internet » en dotant notamment le laboratoire d’un site (2009) et en favorisant le développement de l’édition numérique qui offrait une « véritable plus-value éditoriale », en particulier pour ce qui est de la publication des sources iconographiques ou sonores. En 2024, El Argonauta Español, atteint l’âge enviable de 20 ans et s’apprête à franchir une nouvelle étape en ouvrant également ses pages aux spécialistes de la presse latino-américaine. Toutes les revues du laboratoire (4) sont éditées en ligne et personne ne s’en étonnera. Il en allait bien autrement, il y a 20 et 30 ans. Nous l’avions presque oublié alors que, par ailleurs, il nous faut faire face à de nouveaux défis numériques tandis que s’ouvre une nouvelle ère avec le développement de l’intelligence artificielle.
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Premières "Journées Rectorat" organisées par TELEMMeDepuis 2002 l’académie d’Aix-Marseille s’est engagée dans une démarche innovante et expérimentale visant à « porter au plus près des acteurs du savoir, les connaissances, les méthodes et les objets situés au cœur de la recherche », en organisant des rencontres entre enseignants du second degré (toutes disciplines) et chercheurs (d’universités, mais aussi de grands organismes). TELEMMe est associé depuis sa création à cette initiative et propose des échanges entre enseignants du secondaire et chercheurs autour de questions inhérentes aux méthodologies, aux enjeux de société ou environnementaux et aux thématiques étudiées dans le laboratoire. Dans un souci de participation à la diffusion de la culture scientifique et technique, TELEMMe organise chaque année, une journée d’études dédiée aux enseignants du second degré, en accord avec le chargé de mission du Rectorat. Ces rencontres, qui font partie de la formation permanente des enseignants du secondaire, connaissent une fréquentation régulière et importante et les fiches d’évaluation prouvent que les enseignants apprécient ces échanges. Elles leur permettent de mieux connaitre les métiers de la recherche en SHS. Depuis plusieurs années, le laboratoire propose aux enseignants présents de nouvelles approches dans les modes de diffusion de la connaissance historique et de nouveaux outils pédagogiques développés par le laboratoire (webdocumentaires, cartes interactives, capsules vidéos…).
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Première ANR : EMMA – Les émotions au Moyen ÂgeL'initiative de la première candidature de TELEMMe à un appel à projet de l'ANR en revient entièrement à Bernard Cousin, qui dirigeait alors l'UMR. C'est lui qui comprit que les recherches sur l'histoire des émotions, qui émergeaient en France et ailleurs, avaient toutes les chances de retenir l'intérêt de la nouvelle Agence Nationale de la Recherche. Nous étions au printemps 2005, l'ANR venait d'être créée. J'en connaissais à peine l'existence mais déjà je n'aimais pas ce qu'elle représentait et les changements profonds qu'elle annonçait pour la condition de la recherche : la compétition plutôt que la coopération, la rhétorique de l'excellence comme nouvelle forme de la distinction, la nécessité de trouver avant même de commencer à chercher, l'argent pour certains plutôt que la confiance pour tous. Bernard Cousin sut me convaincre, comme à son habitude avec peu de mots, et ce léger sourire qui perça sans difficulté le masque de mes réticences. Paradoxe de l'ANR qui grignotait la liberté des laboratoires mais offrait une opportunité inespérée au néo-MCF que j'étais de réaliser sans délai un projet, celui de faire exister un nouveau champ de la recherche historique, dont je pensais qu'il serait l'effort d'une carrière. Lorsque je consulte aujourd'hui le formulaire de candidature, je suis saisi par la légèreté alors de la procédure : une équipe réduite de 6 chercheurs et chercheuses (dont Laure Verdon et Piroska Nagy), un projet scientifique présenté en 5 pages, un budget prévisionnel résumé en un tableau de la taille d'une carte postale. L'ogre administratif avait encore une silhouette svelte et cherchait à séduire. La suite de l'aventure est collective, elle est portée par l'ensemble de la communauté scientifique et administrative de TELEMMe, dans le temps récurrent des séminaires de groupe et les événements fondateurs des journées d'études et des colloques qui annonçaient autant de livres collectifs à venir. En 2008, la phase ANR du programme EMMA touchait à sa fin. La même année nous ouvrions le premier carnet de recherches « Hypothèse » de TELEMMe. Que sont trois années dans la vie d'un champ de recherche ? Un babillement. Le plus grand succès de l'expérience EMMA ne fut peut-être pas d'avoir obtenu le financement de l'ANR mais de lui avoir survécu. Au fil des années, EMMA est devenue (oui, en changeant de statut, EMMA a changé de genre, pour devenir elle-même : à partir de 2009, elle n'est plus un « programme ANR », genré au masculin, mais « EMMA » tout court : l'histoire des émotions ne pouvait être que féminine) un collectif de chercheurs et de chercheuses qui se jouent des frontières et des continents parce qu'ils et elles savent que TELEMMe et la MMSH sont leur maison commune. L'an prochain EMMA aura vingt ans, l'âge des étudiantes et étudiants qui s'initient à la recherche, l'âge auquel j'ai commencé à m'intéresser aux émotions dans l'histoire en lisant Georges Duby, sans savoir qu'un jour « l'histoire des émotions » établirait sa base dans l'université où il enseigna, organiserait son premier colloque dans la salle de la MMSH qui porte son nom. Vingt ans, l'âge où toutes les fois sont des premières fois.
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Violences à Marseille (VAM), première base de donnéesLa base de données relationnelles « Violences à Marseille » (VAM) a été réalisée au laboratoire TELEMMe par Éric Carroll, ingénieur d’études en informatique en collaboration avec Céline Regnard, alors doctorante en histoire contemporaine, dans le cadre de sa thèse consacrée à l’étude des délits et crimes violents à Marseille entre les années 1850 et la 1910. Cette base de données répondait au besoin de fournir une analyse quantitative des sources judiciaires utilisées pour la thèse (arrêts de la cour d’assises des Bouches-du-Rhône, jugements du tribunal correctionnel de Marseille). L’offre logicielle dans le domaine des moteurs de bases de données était assez importante, mais assez faible dans celui des environnements intégrés, transportables dans les archives, incluant non seulement un véritable moteur relationnel interrogeable et manipulable en SQL (Structured Query Language), mais aussi de quoi concevoir les interfaces homme-machine et générer des rapports de synthèses imprimés : les états. Dans la perspective d’une saisie collective, la possibilité de migrer aisément les données sur des moteurs industriels et de se servir des interfaces développées comme application frontale à des données distantes était une possibilité d’évolutivité intéressante. Ce sont les raisons pour lesquelles le logiciel Microsoft Access a été choisi. La structure de la base de données a été élaborée à la suite d’un dialogue entre Céline Regnard et Éric Carroll. La particularité de cet outil est d’avoir été pensé en fonction des archives ainsi que des questionnements de la thèse : évolution générale de la délinquance et de la criminalité jugées, profil sociologique des auteurs et autrices de ces faits, articles du code pénal mobilisés, analyse spatiale des événements violents, heure du jour et de la nuit, arme(s) utilisée(s), etc. Plus de 7000 arrêts de justice ont été rentrés. Un espace de saisie libre permettait d’intégrer des notes pour un résumé des faits. Ce « sur mesure » a permis de disposer d’un appareil statistique conséquent, et d’établir des tableaux de synthèse, mais aussi de cartographier les lieux propices aux violences. Il en est résulté une matière très riche pour la thèse, matière complétée par une étude qualitative de sources complémentaires : dossiers de procédure, sources de police, etc. La thèse a été soutenue en 2006 et publiée en 2009 aux Presses universitaires de Rennes sous le titre Marseille la violente. Criminalité, industrialisation et société (1851-1914). La base de données VAM est en théorie utilisable dans le cadre d’un travail comparable en termes de sources sur un autre espace géographique ou à une autre période.
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Première application web collaborativeÀ Nîmes, Jean-François Séguier (1703-1784) jouit encore aujourd’hui d’une discrète notoriété, assise sur la richesse de ses collections antiquaires et naturalistes et sur le coup de génie qu’a été le déchiffrement de l’inscription de la Maison Carrée. En 2005, à l’initiative de Gabriel Audisio, une association nîmoise se place sous son patronage : l’Institut européen Séguier se donne pour mission la rencontre des cultures, le partage des savoirs et la valorisation des manuscrits de Séguier conservés à la bibliothèque Carré d’Art. L’édition des carnets n’est qu’une mise en bouche (Chapron 2008). Celle de la correspondance, estimée à quelque 3500 lettres, dont une partie dispersée dans des dizaines d’institutions en Europe, est un autre défi. Pour y parvenir, un Comité international Séguier est fondé sous la double tutelle de Telemme et de l’Institut Séguier. Constitué d’une trentaine de chercheurs européens, il dessine en mars 2010 les grandes lignes du projet. Une question est immédiatement posée : édition papier ou numérique ? Le papier avait pour lui l’ancienneté d’une tradition savante, l’assurance d’une présence solide et pérenne dans les bibliothèques. Le numérique était plébiscité par la frange la plus jeune et la plus impliquée dans la mise en œuvre du projet, qui voyait clairement les avantages d’une édition conçue comme un work in progress. Il est évident que si Telemme n’avait pas compté, alors, un informaticien passionné, Éric Carroll, nous ne nous serions pas engagés dans cette aventure, à une époque où l’édition numérique de correspondances entières était encore balbutiante. En trois ans (2010-2013), une interface de travail est mise au point, qui permet la saisie des métadonnées, la transcription des lettres et le versement des images. Au cœur de la machine, une base de données relationnelle de vingt tables accessible via une application internet. En surface, un instrument de travail au graphisme élégant, aux fonctionnalités pointues et constamment perfectionnées, accessible depuis chez soi, indispensable au travail d’une communauté géographiquement dispersée. Pendant près de dix ans, le site Séguier a été augmentée par de nombreux contributeurs, enseignants-chercheurs (Emmanuelle Chapron, Gilles Montègre), enseignants du secondaire (François Pugnière, Florence Catherine), docteurs (Andrea Bruschi), doctorants (Étienne Stockland, Meike Knittel), étudiantes de master (Lily Servel, Adeline Danerol), retraités bénévoles (Véronique Chapron). Ce billet est une occasion de les remercier publiquement. Nous nous sommes souvent sentis comme des pionniers des humanités numériques, impuissants face aux réactions inattendues de l’application, fiers de la montée en puissance du site et des retours chaleureux des premiers utilisateurs. Nous avons constamment bricolé avec, et parfois contre la machine. Nous avons fini par privilégier le copier-coller depuis Word à l’interface de transcription des lettres fièrement mise au point par Éric, pour ne pas (plus) risquer de perdre nos données. Nous avons ajouté a posteriori des menus déroulants pour brider la créativité de nos collaborateurs. Après le départ d’Eric Carroll, en février 2020, le site www.seguier.org est rapidement devenu obsolète. Les données ont été récupérées sous la forme d’un tableur Excell de 2200 lignes et 30 colonnes et de 5000 fichiers image. L’ensemble a été transféré sur Nakala, où les lettres sont aujourd’hui visibles (https://seguier.nakala.fr/) et où le travail se poursuit, fidèle à l’impulsion initiale, au service de la communauté savante.
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Premier site web du laboratoireLe début des années 2000 a vu d’importantes évolutions dans la vie du laboratoire : la mise en place d’actions de recherche sur des financements affectés, comme les premières ANR ou le réseau d’excellence des centres européens en SHS sur l’ensemble euro-méditerranéen piloté par la MMSH, et surtout le développement de l’usage de l’informatique à travers les réseaux, intranet et web. L’affectation au laboratoire d’un informaticien (personnel CNRS) et l’implication de nombreux chercheurs dans ces nouvelles technologies a permis à Telemme de répondre présent sur ce nouveau terrain. Un intranet auquel pouvaient accéder tous les membres de l’unité a été mis en place pour recueillir et élaborer des propositions en vue de la préparation du contrat d’association de l’UMR. Quant au web il est devenu un nouvel espace de visibilité de l’unité, en ce qui concerne les publications (sommaires et résumés des articles de Rives, avant de passer à la mise en ligne intégrale, première revue totalement électronique, dont on trouvera les échos dans d’autres articles de cette frise) et enfin site web de l’unité. Mis en chantier en 2007, le site a été mis en ligne en 2009. Ne se limitant pas à un simple blog du laboratoire, il a été construit sur une base de données comportant tous les membres de l’unité, présentant toutes les activités de recherche (séminaires, journées d’étude, colloques…) et recensant également les publications par auteur et par programme de recherche, ce qui implique une mise à jour permanente des informations figurant sur le site.
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Premier contrat postdoctoral accueilli à TELEMMeAprès avoir obtenu un contrat postdoctoral dans le cadre du Programme national des ressources humaines de recherches du Plan national de recherche scientifique, développement et innovation (2008-2011) du ministère des Sciences et innovation du gouvernement espagnol, j’ai eu la possibilité d’effectuer pendant deux ans une mobilité postdoctorale au sein de l’UMR TELEMMe (Aix-Marseille Université – CNRS)– Temps, Espaces, Langages, Europe méridionale, Méditerranée –, pour réaliser un projet de recherche sur les sources hémérographiques espagnoles de la Guerre d’Indépendance, étudiées sous divers angles qui incluaient aussi bien l’analyse et le catalogage des sources que l’interprétation des contenus, la vision du conflit propagée par la presse étrangère et celle diffusée dans la Péninsule par l’envahisseur. Cette recherche a été réalisée sous la direction du professeur Elisabel Larriba dans le cadre du groupe qu’elle dirigeait sur De la presse aux médias : émergence et évolutions du « quatrième pouvoir » en Europe méridionale (Quadriennal 2008-2011). Pour diverses raisons, le fait d’avoir bénéficié de ce contrat postdoctoral a été, sans nul doute, l’un des aspects les plus importants et déterminants quant à l’évolution de ma carrière. La principale, et la plus prosaïque également, consiste dans la possibilité qu’a entraîné son obtention de changer mon avenir professionnel car à l’époque j’étais professeure d’Espagnol et de Littérature dans divers établissements publics d’Andalousie et j’ai pu me consacrer exclusivement à la recherche universitaire, ce qui m’a permis d’être aujourd’hui maître de conférences de Littérature espagnole à l’Université de Cadix où je continue à travailler sur la presse espagnole et la littérature politique. Toutefois, je considère que l’apport le plus important de ce séjour consiste dans l’expérience que m’a apportée la possibilité de travailler pendant ce temps-là avec des hispanistes tels qu’Elisabel Larriba et Gérard Dufour, spécialistes de la production culturelle et de l’histoire espagnole des XVIIIe et XIXe siècles et en particulier du rôle joué par la presse dans les changements survenus à cette période comme le prouvent abondamment leurs recherches. Ma participation aux congrès et autres réunions scientifiques organisés au sein du programme de recherche dirigé par Elisabel Larriba, aux échanges et débats auxquels ils donnèrent lieu entre chercheurs d’horizons et de pays différents, la collaboration conjointe dans des projets de recherche, la publication d’ouvrages collectifs ou de numéros monographiques de revues scientifiques ainsi que les liens tissés tout au long d’une relation déjà ancienne —car fort heureusement celle-ci n’a pas pris fin lorsque s’est achevé le contrat postdoctoral— constituent aujourd’hui l’un des points forts de mes activités de recherche.
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L’arrivée de l’histoire de l’art à TelemmeC’est en 2011 que la Jeune Équipe du CEMERRA (JE 2422 « Centre méditerranéen de recherche sur les relations entre les arts ») rejoint TELEMMe. L’intégration de ce groupe de recherche en Histoire de l’art moderne et contemporain au sein de l’UMR permit (et) à TELEMMe d’élargir son périmètre scientifique et de développer son envergure pluridisciplinaire. En retour, les historiens et historiennes de l’art trouvèrent une structure et une visibilité institutionnelles propices au rayonnement de leur discipline en se rattachèrent (ant) à l’axe « La Culture comme projet » à travers le groupe « Arts et Relations entre les Arts » (AREA) dirigée par Rossella Froissart (2012-2017). Outre l’insertion de l’Histoire de l’art dans les dynamiques de recherche pluridisciplinaire portées au sein de TELEMMe, le groupe contribue depuis au rayonnement du laboratoire hors les murs et au développement de son ancrage méditerranéen avec les musées et les institutions patrimoniales. C’est dans cette perspective que Rossella Froissart et Pierre Pinchon ont co-dirigé, entre 2018 et 2023, le groupe « Objets et Savoirs. Collections et patrimoine dans l’espace méditerranéen XVIe-XXIe siècles » afin de croiser l’histoire des principaux acteurs, l’étude des objets et de leurs modes de présentation, les fonctionnements et les dynamiques des marchés sur lesquels acteurs échangent et objets s’échangent, ainsi que la transmission des savoirs et l’évolution du goût qu’impliquent ces pratiques. L’ambition des historiens et des historiennes de l’art était non seulement d’enrichir les axes de recherche développés au sein de TELEMMe mais aussi de fédérer d’autres chercheurs du laboratoire autour d’un projet commun et centré sur l’objet. L’objectif est atteint lors de la mise en place du nouveau plan quinquennal lorsque le groupe est reconduit sur cette même thématique avec l’arrivée de nouveaux membres venus d’histoire, de géographie et des études romanes. Il est actuellement dirigé par Emmanuelle Chapron et Aziza Gril-Mariotte.
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La Recherche & la Cité, première éditionEn 2012, création d’un cycle de rencontres la Recherche & la Cité avec pour objectif la présentation des travaux des chercheurs, en allant à la rencontre d’un public plus large, hors les murs de l’Université. Ce choix a pu se réaliser grâce aux partenariats avec les institutions principales de notre région (Musée Granet, Cité du Livre, Archives de Marseille, Conservatoire Darius Milhaud, Musée des Tapisseries, MuCEM, FRAC Provence Alpes Côte d’Azur, Musées de Marseille, Grand port maritime, ville de Fos-sur-Mer, association des vignerons de la Sainte Victoire, etc…). Ce type de rencontres, organisées trois fois par an, a favorisé à la fois une ouverture sur la Cité, une valorisation des travaux de l’unité, des échanges et confrontations autour d’enjeux de société. Face à des universitaires de toutes disciplines et à un public non spécialiste mais curieux et familier des lieux où la Recherche & la Cité est organisée, les chercheurs de l’UMR trouvent une occasion de transmettre des méthodes et des résultats de façon dynamique. Des thématiques novatrices ont été présentées, qu’il s’agisse de la question « Gouverner, c’est servir », de la « muséographie et le numérique », ou « des migrants au cinéma ». Le décloisonnement de la Recherche & la Cité a facilité une ouverture sur le monde associatif, économique et culturel et les thèmes abordés sous ce label montrent la variété des recherches réalisées au sein du laboratoire. Des collaborations inédites ont mis en valeur des regards croisés sur des sujets citoyens comme la mémoire, l’identité, les migrations, les pollutions industrielles, la viticulture ou les sciences de la mer. Ces réunions soulignent le rôle social des chercheurs en sciences humaines et sociales, leur vitalité et la diversité de leurs travaux.
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Premier mur d’images : les ex-voto provençauxDans les années soixante-dix, en vue de la préparation de ma thèse de doctorat d’État, j’avais procédé à une campagne photographique systématique des ex-voto peints provençaux conservés dans les chapelles de pèlerinage, et qui y avaient été remis en action de grâces par des donateurs estimant avoir reçu une protection céleste. Dans les années quatre-vingt-dix ces photos avaient été reprises sur un vidéodisque inscriptible destiné aux chercheurs du Groupement de Recherches Nord-Méditerranée. Mais cette technologie du vidéodisque est rapidement devenue obsolète, avec les possibilités offertes par la numérisation des images sur support informatique. J’ai donc procédé à partir de 2010 à la numérisation de ces diapositives et il s’est avéré que plus de 1300 documents étaient de qualité suffisante pour envisager de les mettre à la disposition de tous sur un site web dédié. Toutefois pour présenter un intérêt autre qu’anecdotique il fallait que ces photographies soient documentées et rendues accessibles par des filtres multiples (lieu, date, scènes humaines représentées, personnage céleste invoqué etc.). C’est ce qui a été rendu possible par le fait que d’une part ces documents avaient été décrits par des items constituant une base de données informatisée, et que, d’autre part, le développement d’un logiciel spécialisé a permis de relier de façon dynamique les données de la base avec les documents photographiques, permettant à chaque utilisateur du site de construire son propre mur d’images, avec des fonctions de zoom. Ce premier « mur d’image » a été réalisé pour le vingtième anniversaire de la fondation de Telemme. D’autres « murs d’images », ont été produits ensuite à partir d’autres fonds photographiques. Le mur d’ex-voto a été fréquemment consulté sur internet et a suscité des demandes de reproduction de photos pour des livres, des sites, des films, aussi bien en France qu’à l’étranger. Malheureusement il a été victime, comme d’autres données informatisées, de la cyberattaque qui a touché la MMSH en 2020. Resté inaccessible pendant deux années, il a ressuscité en 2023 avec une mise en forme rénovée et constitue aujourd’hui une des bases documentaires que le laboratoire met à disposition de tout utilisateur.
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Création de l'Observatoire du développement localL’UMR TELEMME a, depuis sa création, cherché à ancrer une partie des travaux de recherche de ses équipes dans le paysage et le territoire local afin de développer au maximum les interactions possibles avec les acteurs socio-économiques et institutionnels locaux. Portés par de nombreux collègues à l’instar de Bernard Morel, Jean-Luc Arnaud, Paul Minvielle, Jacques Daligaux, Béatrice Mésini, relayés par une équipe administrative mobilisée, ces travaux ont participé à ancrer fortement le laboratoire dans son écosystème local et se sont matérialisés de différentes manières. Une première manière s’est incarnée et s’incarne encore dans les très nombreuses collaborations nouées depuis trente ans avec des collectivités territoriales, des musées, des organismes publics, des associations ou des entreprises sur des sujets aussi larges que le spectre de la diversité de son équipe de recherche et de ses groupes de travail le lui permet. Une seconde manière correspond aux partenariats institutionnels passés avec des institutions ou des collectivités dans le cadre du financement de bourses de doctorat par la région Sud-PACA (comme ce fut le cas par exemple avec la friche de la Belle de Mai pour la thèse de Mathilde Vignau sur les activités culturelles et créatives régionales). En 2016, avec le soutien de Maryline Crivello et de Laure Verdon, cette action de mobilisation des mondes socio-économiques a été formalisée dans le cadre de l’Observatoire du développement local, créé et piloté par Alexandre Grondeau, qui a depuis sa création initié ou favorisé de nombreux liens entre les acteurs socio-économiques régionaux et TELEMMe. Différentes initiatives, recherches et actions de valorisation ont été menées avec des institutions comme la métropole AMP, le couvent Levat, la mairie de Marseille, l’Occitane, différentes coopératives vinicoles, le ministère de l’environnement, des festivals comme la Fiesta des Suds, Marsatac, plusieurs musées des Bouches-du-Rhône et de la région Sud-PACA et différents parcs naturels. Ces différentes actions se sont réalisées sous forme de partenariats de recherche, de conventions, de publications, d’expositions ou de communications ouvertes à tous les publics illustrant un dynamisme salué par toutes les tutelles de notre UMR.
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Passeurs, passages, passagers. Premières Rencontres méditerranéennes de TELEMMeSur proposition du groupe DesAncrages : appartenances, mobilités, conflits du Moyen Âge à nos jours, les premières Rencontres méditerranéennes de TELEMMe ont été organisées le 15 juin 2018 au Mucem. Le thème retenu, « Passeurs, passages, passagers », s’inscrivait dans une actualité forte et qui n’a malheureusement rien perdu de sa contemporanéité. Après les Printemps arabes, la guerre en Syrie déstabilisait profondément la Méditerranée, installant durablement une crise de l’asile, caractérisée par une augmentation des migrations vers l’Europe de l’Ouest et une protection de plus en plus violente et inhumaine des frontières. La médiatisation de ces images dramatiques n’a depuis pas cessé, de même que n’ont cessé de sombrer les corps en Méditerranée. C’est dans ce contexte qu’un projet collectif de réflexion sur question du passage, des passeurs et des passagers (du Moyen Age à nos jours) a été proposé par les chercheuses et chercheurs de TELEMMe, dont les enquêtes se situent au cœur d’un espace méditerranéen fréquemment traversé par des crises et des conflits. A travers des questionnements sur des situations humaines séparées dans le temps et dans l’espace, il s’agissait de convoquer le passé pour mieux comprendre l’aujourd’hui. En d’autres heures, en d’autres lieux, des hommes et des femmes avaient aussi dû partir, fuir, avaient dû se cacher, mentir, tricher, payer, se faire petits pour passer d’un lieu dangereux à un autre plus accueillant. Sur les points de passage, d’autres hommes et d’autres femmes, héros ou profiteurs, s’étaient mis en danger pour leur permettre de continuer leur route ou, au contraire, avaient prospéré en monnayant leur aide. Ce faisant, trois axes réflexifs ont été déployés : expériences du passage, figures du passeur et économies locales du passage. Ces premières Rencontres méditerranéennes de TELEMMe ont été l’occasion d’explorer des voies alternatives d’écriture des sciences sociales, plus audacieuses, hors des sentiers battus. La première partie de la journée a consisté en une performance orale et scénarisée intitulée « Passages à témoins ». Une quinzaine de collègues ont raconté, tour à tour, une brève « histoire de passage ». Ces récits d’expérience étaient issus de leurs terrains, de leurs archives ou de leurs souvenirs de famille. Accompagnant ces récits et piloté par Éric Carroll, un projet numérique articulant images, vidéos, musique et une carte interactive a dessiné une carte de plus en plus complexe, racontant ces passages méditerranéens à travers le temps. En fin de matinée s’est tenue une table ronde intitulée « Savoirs faire du passage », animée par Stéphane Mourlane et réunissant Yvan Gastaut (Université Nice Sophia Antipolis, URMIS), Philippe Hanus (ethnopôle « Migrations, frontières, mémoires » - Réseau Mémorha), Pierre Sintès (AMU, TELEMMe) et Catherine Wihtol de Wenden (Sciences Po, CERI). L’après-midi, les RMT ont consisté en une journée d’études intitulée « Expériences du passage ».
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Premier webdocumentaire... ou presque : Fos/étang de BerreLe tout premier webdocumentaire produit par un membre de TELEMMe est en réalité daté de 2016 : "L’environnement littoral à l’interface entre enjeux locaux et globaux : comment construire un intérêt général territorialisé ?" (Projet GAEL). Ce webdocumentaire du projet de recherche « green on green », rassemblait vidéos, articles, témoignages, posters, études de cas, etc. C'est Anne Cadoret qui portait ce webdocumentaire pour TELEMMe. Malheureusement, en raison du crash numérique survenu sur les serveurs de la MMSH, ce webdocumentaire n'est plus accessible.
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Premier commissariat d'exposition d'art : « Rue d’Alger »Après avoir mené en 2018-2019 le projet MonuMed « Monumentalisation et espaces urbains dans les Balkans et en Méditerranée » (projet lauréat de l’appel « pépinière d’excellence A*midex) et expérimenté un premier cadre de collaboration Art/SHS spécifique, Pierre Sintès et Alessandro Gallicchio ont collaboré à la mise en œuvre du projet « Rue d’Alger » à l’occasion de la tenue de la biennale Manifesta13 à Marseille. Plus que la composition d’une exposition (sous le commissariat d’Alessandro Gallicchio, assisté de Léa Battais), « Rue d’Alger » proposait l’élaboration d’un propos commun sur la présence de mémoires difficiles (colonisation, régimes autoritaires) dans l’espace des villes de Méditerranée aussi bien par l’organisation d’ateliers préparatoires à l’exposition, qu’à l’occasion d’un cycle de rencontres plus formelles de type journées d’études (coordonné par Pierre Sintès) organisé autour de l’exposition et des performances du programme. Le vernissage de l’exposition ayant eu lieu le jour de la mise en place du second confinement, ce programme a dû être adapté au nouveau contexte sanitaire et une bonne partie des activités a eu tout de même lieu, mais en ligne. Ce projet a donné lieu à deux publications, un catalogue d’exposition et un recueil des textes produits dans le cadre des journées d’études du webinaire. Matériellement, « Rue d’Alger » a investi l’Institut culturel italien, situé dans l’ancienne Casa d’Italia, qui elle-même se confondait avec le Consulat Général d’Italie et les institutions communautaires italiennes sous le fascisme. Exemple emblématique de l’architecture de ce régime sur le sol français, il s’agit d’un lieu « dissonant » dont les portes ont été ouvertes et les archives révélées à cette occasion. Mais « Rue d’Alger » ne s’est pas limité à l’élaboration d’un discours uniquement centré sur l’Italie. S’appuyant sur le positionnement de l’Institut culturel italien au cœur d’une rue rappelant la conquête de l’Algérie, il s’est agi d’élargir le propos aux héritages des relations asymétriques que la France a construites avec l’Afrique du Nord en abordant les « fantômes » du passé colonial, en revenant sur la construction de l’espace partagé et circulatoire que pourrait dessiner la Méditerranée d’aujourd’hui. Pour donner corps et visibilité à la dimension historique de Rue d’Alger, un historien de l’art (Alessandro Gallicchio) et deux historiens (Stéphane Mourlane et Caroline Pane) ont réuni un ensemble documentaire inédit sur l’histoire de cette « maison » au temps du fascisme. La présentation de ces archives dans le couloir de l’exposition était assortie de textes courts qui analysaient, sous la forme d’un journal d’époque, le patrimoine et la vie quotidienne de l’ancienne Casa d’Italia. Les archives dialoguaient ainsi avec les œuvres d’art contemporain pour déchiffrer et questionner le rôle assumé par le modèle sémiotique de références au fascisme et pour avancer une lecture critique des espaces et des territoires urbains à partir de l’actualité d’un le contexte des recherches artistiques et académiques post/anti-coloniales.
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Aux origines : du GDR Nord Méditerranée à la création de TELEMMeTELEMMe n’aurait pas dû exister Une fausse création pour une fausse fenêtre Au milieu des années 80, ni pour le CNRS, ni pour l’université, dont Jean-Claude Bouvier n’était pas encore président, le projet d’une unité sur la Méditerranée septentrionale n’était une priorité, ni même, pour le CNRS une simple perspective. Le CESM, magnifique réalisation de Georges Duby, avait vu ses objectifs initiaux quelque peu enfouis après le départ de Duby pour le Collège de France et fonctionnait de manière plus réduite, sinon incertaine. En revanche, le CNRS avait alors deux problèmes lourds : il lui fallait solder un passé devenu encombrant, deux unités devenues presque imprésentables à divers titres, y compris du fait de leurs directeurs du moment, l’Institut d’archéologie et le Centre d’histoire de la colonisation, devenu CRESM vers 1970. Le premier ne relève pas de mon propos, le second oui, parce que le CNRS l’a remplacé par l’IREMAM, et qu’il voulait bien le loger. Une négociation à trois, entre la direction du CNRS, l’université et l’établissement public régional, qui devait financer les travaux. L’Université acceptait de soutenir l’IREMAM à une condition impulsée par Philippe Joutard, Jean-Claude Bouvier et plusieurs collègues de la même génération : que soit créé un cadre, encore mal défini, pour les études sur la rive-Nord de la Méditerranée. Le CNRS accepta, a minima, sous la forme d’un simple GRECO, sans autonomie et en principe sans personnel propre. La négociation globale faillit ne pas aboutir parce que le président de l’EPR, Michel Pezet, exigeait la création d’un poste CNRS en Espagne, pour un protégé personnel docteur en ethnologie. Le CNRS s’inclina quelques jours avant les élections régionales, que tout le monde savait gagnées par la droite. C’est ainsi que nous avons obtenu nos 200 m2 inondables en sous-sol de Schuman, avec un personnel affecté incertain dans ses rattachements et parfois dans ses motivations. Le GRECO est devenu GDR 97 et je l’ai pris en charge en 1989, mais chacun savait que cette fausse fenêtre acceptée du bout des lèvres par le CNRS n’allait pas durer. Au fond, sauf pour l’Université, nous étions un sous-produit obligé, temporaire accepté au nom d’enjeux supérieurs. Un faux départ puis une création du bout du stylo Le faux départ se produit entre 1991 et 1992. La majorité des centres de recherche qui composent le GDR, à l’exception des ethnologues, auto-rebaptisés anthropologues veulent entrer dans un cadre qui commence à s’implanter, l’UMR, et veulent une UMR globale, qui ne laisse personne au bord de la route et permette le partage des pratiques thématiques, méthodologiques et disciplinaires. L’héritage, déjà quelque peu lointain, de Georges Duby contribue sans doute à cette volonté, mais elle repose surtout sur l’expérience réussie du GDR. Je présente un projet en ce sens, d’abord rejeté par le DS du CNRS, qui propose des UMR séparées. Le ministère de la recherche, en l’occurrence Maurice Garden, m’empêche d’aller à l’affrontement. Bien vu : à peine quelques mois plus tard, le DS CNRS, d’Iribarne, présente comme sien notre projet initial. Ouf donc, au prix de l’acceptation du jeu des pouvoirs, sauf que les pouvoirs changent. La droite gagne en 1993 et remet tout en cause, surtout les décisions non encore signées… La création du bout du stylo, en 1994, est celle que nous célébrons aujourd’hui. La nouvelle direction scientifique accepte le projet d’UMR englobante, mais me demande, en public et plus instamment encore en privé, d’éliminer tous les non publiants. Il s’agissait en partie de quelques rattachements historiques, parfois de complaisance, aux centres constituant le GDR. Sur ce point, la nouvelle direction touchait juste. En réalité, l’injonction touchait surtout la grande majorité des jeunes MCF de l’époque, sortis épuisés de leur thèse récente et soucieux avant tout de la préparation de leurs cours. J’ai donc accepté sans difficulté d’éliminer quelques poids morts, mais je me suis refusé à aller plus loin, en expliquant que je savais mobiliser mais pas éliminer. Il était inacceptable de nous priver des forces vives, mais j’ai senti que cette exigence pouvait se transformer en opportunité. Le manque d’investissement des jeunes tenait aussi à la distribution des pouvoirs au sein de l’unité. Ils pouvaient se sentir comme des invités passifs au sein du GDR, puisque le pouvoir effectif appartenait aux directeurs des centres. Il fallait remobiliser les MCF. D’où une réorganisation du projet. Les grands axes, coordonnés par des professeurs confirmés, ont été maintenus, mais ils sont devenus des coquilles presque vides : à l’intérieur de chacun d’eux, l’initiative et la décision ont été attribués à des programmes confiés à de jeunes titulaires. Ce changement a été accepté difficilement par la tutelle de l’époque, comme un simple bout d’essai. Un essai réussi, à la base de la longue vitalité de l’UMR : nous sommes le produit d’une confiance dans la jeunesse.
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Première journée des doctorants et doctorantes : "Nouveaux chantiers en Méditerranée"Coordonnées par Céline Borello Participants : L. Américi, D. Boquet, C. Borello, Sophie Clairet, V. Flauraud, I. Luciani, F. Mazel, P. Vaudour. L'année suivante seront lancées les journées Jeunes Chercheurs de TELEMMe, labélisées par l'École doctorale en 2009.
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Premier membre de TELEMMe lauréat de l'IUF : Thierry PécoutEn 2006, la nouvelle promotion de l’Institut universitaire de France ne fut informée qu’avec retard de son admission, du fait des grèves universitaires qui émaillaient alors l’actualité, en opposition frontale avec la loi dite de « liberté et responsabilité de l’université », qui conduisit comme chacun le constate aujourd’hui à mettre en grave péril l’université publique et nombre de ses disciplines académiques, dont la mienne. Alors maître de conférences en histoire du Moyen Âge depuis seulement quelques années, je n’avais jamais obtenu le moindre financement particulier pour mes recherches, alors que je souhaitais mettre en place un lourd projet collectif et international d’édition scientifique d’une enquête générale menée en Provence au XIVe siècle, pour lequel m’encourageaient Jean-Paul Boyer, Noël Coulet et Louis Stouff. L’obtention de ce statut de membre de l’IUF me permit de mener à bon port ce programme à compter de 2007 et de convaincre les éditions du Comité des travaux historiques et scientifiques et sa section d’Histoire du Moyen Âge, alors présidée par André Vauchez (1). D’autres réalisations sont venues aussi, parmi lesquelles une exposition sur Marseille au Moyen Âge avec son catalogue et une maquette de la ville aujourd’hui exposée au Musée d’histoire de Marseille (2). Il s’agissait aussi d’affirmer que l’histoire de la Provence médiévale devait retrouver un nouveau souffle autour d’un collectif associant diverses générations, disciplines, nationalités et institutions, avec un retour aux sources, si j’ose dire, et qu’elle suscitait un intérêt et un rayonnement internationaux. Nous nous retrouvions annuellement dans la salle Georges Duby. Le souvenir le plus satisfaisant fut un colloque organisé à la Maison méditerranéenne des sciences de l’Homme en 2009 (3), qui me laissa la rare impression qu’un profond dialogue pouvait se nouer entre chercheurs lorsqu’un objet de recherche commun et précis l’animait, quand tant de manifestations scientifiques s’épuisent en routine locale et modes intellectuelles. L’aide apportée par TELEMMe fut des plus précieuses et tout particulièrement celle de Claude Bruggiamosca, Laurence Lablache et Agnès Rabion, une expérience qui m’a démontré une fois pour toutes qu’aucune politique de recherche scientifique sur appel à projets ne pouvait raisonnablement fonctionner sans de solides laboratoires au personnel stable et qualifié et au financement pérenne.
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Première école thématique sur la rive sud de la MéditerranéeLundi 23 juin 2015, Karima Dirèche, directrice du centre de recherche du Maghreb contemporain (IRMC), a accueilli à Sidi-Bou-Saïd l’Atelier numérique en Méditerranée sur le thème « Frontières, migrations, mobilités ». Après un tour de table de l’ensemble des participants, trois conférences ont introduit la semaine. Maryline Crivello (directrice de l’UMR TELEMME) a tout d’abord interrogé les enjeux du numérique en sciences humaines et sociales, en insistant sur la nécessité d’avoir une réflexion épistémologique dans le domaine en se référant à des colloques précurseurs portés par le Pôle image, son, pratiques du numérique de la MMSH. Delphine Cavallo (Cléo) a ensuite questionné le renouvellement des collaborations entre chercheurs et ingénieurs dans le domaine des les digital humanities à partir de l’expérience de la plateforme de blogging scientifique Hypotheses.org. Enfin, Nicolas Larrousse (Huma-Num) a fait état des lieux sur la sauvegarde sur le long terme des données de la recherche. Il a ensuite lors de la séance du mardi matin, avec pédagogie et précision, présenté l'histoire de la structuration de l’espace web des années 1945 jusqu’au web sémantique. Sophie Gebeil (UMR TELEMME – AMU), Hicham Jamid (LISE-CNAM-Paris et Université d’Agadir – LEMASE), Célia Lamblin (LabexMed – AMU), Mohamed Naimi (CERSS – Université de Rabat) ont présenté leur travail de thèse avec un focus sur la question des humanités numériques. Les soirées ont été organisées en ateliers axés sur des réalisations concrètes. Le lundi, nous avons accueilli Charles Heller, réalisateur et chercheur 1, cofondateur du site Watch the Med avec Lorenzo Pezzani, tous deux sont chercheurs de l’université Glodsmiths (Londres). Il a présenté leur film Liquid Traces – The Left-to-Die Boat Case (17 minutes) qui démontre comment la documentation et la spatialisation des naufragés en mer permet de mettre en lumière les responsabilités en jeu dans la mort des migrants et peut soutenir la lutte contre l’impunité en Méditerranée. Le mardi soir, un premier atelier sur les carnets de recherche Hypotheses.org a été organisé, en attendant vendredi où les doctorants publieront des billets sur le carnet à la fois comme exercice pratique et comme présentation de leur recherche. Cette notice est reprise du billet du carnet Imageson présentant l'atelier (1).
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Lancement du carnet Hypothèses des jeunes chercheurs·euses TELEMMeLoin de se satisfaire de la traditionnelle vision d’isolement du chercheur en sciences humaines, le laboratoire TELEMMe a toujours eu à cœur de favoriser l’échange autour des travaux de recherche, la confrontation d'idées et l’émulation collective autour des travaux portés par ses chercheurs. Les travaux de ses jeunes chercheurs n’y firent pas exception : deux journées de recherches étaient chaque année consacrées à la présentation de quelques-uns des travaux en cours de maturation au sein de l’UMR. Antoine Grandclément et Julien Saint-Roman, alors en charge de l'organisation de ces journées, avaient voulu un premier temps libre, à l’automne, tandis qu’au printemps, une journée thématique nécessitait la publication d’un appel à communication et un travail de sélection, par exemple autour du thème « Jeux de pouvoirs et transformations de la ville en Méditerranée » en mai 2011. Cette organisation permettait aux doctorants avancés dans leurs recherches de se confronter aux questionnements de leurs pairs et d’enrichir leur réflexion du regard et de l’expérience d’autres chercheurs confirmés. Elle attachait aussi un soin particulier à mettre en lumière l’approche transversale que l’unité portait sur les axes de recherches dont elle s’emparait. En 2011, cette mission nous a été confiée à tous les trois. Nous avons, dans un premier temps, repris l’organisation des Journées Jeunes Chercheurs proposée jusqu’alors. L’étape suivante était, tout naturellement, celle de la diffusion et de la valorisation numérique des travaux présentés au moment de ces journées. Avec l’ouverture du carnet de recherches des Jeunes Chercheurs de TELEMMe, les doctorant.e.s de l’UMR pouvaient proposer un compte-rendu de leurs communications et accéder à un nouvel espace de discussion, puisqu’il est possible de commenter les articles en ligne. Par ailleurs, il était une manière de valoriser la recherche en cours et, en quelque sorte, d’archiver le cheminement de la recherche doctorale et le lot de questionnements l’accompagnant. De ce fait, le carnet fut pensé comme un instrument de partage aux services des Jeunes Chercheurs, en proposant un premier regard sur leurs travaux, mais aussi en rassemblant les appels à communication pouvant les intéresser. L'animation de ce Carnet Hypothèses a permis de penser une refonte des Journées. En 2014, nous en avons modifié le format avec la disparition de la journée varia au profit de la mise en place d’une série d’ateliers doctoraux visant à préparer l’organisation d’une seule Journée d’études thématique. Collégialement, les doctorants de TELEMMe pouvaient dès lors participer à ces ateliers, en proposant lectures et discussions débouchant sur la préparation d’un appel à communication ouvert vers les autres unités de recherche. Le carnet pouvait ainsi publier les réflexions tenues à l’occasion des ateliers, l’appel à communication qui en avait découlé, le programme de la journée thématique et les résumés des exposés présentés à ces occasions. Les doctorant.e.s de TELEMMe ayant pris part aux ateliers doctoraux précédant et préparant les journées thématiques pouvaient facilement endosser le rôle de discutant.e.s, aux côtés de chercheurs de l’unité, comme l’usage le voulait déjà. En 2015, la première Journée d’études thématique issue de cette nouvelle formule fut consacrée à la place de l’économie dans la recherche en sciences sociales. Le carnet s’est avéré un excellent outil de diffusion de cette recherche en cours mais aussi d’accompagnement des réflexions conduites, grâce à la publication de comptes-rendus des ateliers et d’appels à communication rigoureux. Aujourd’hui, nous constatons avec grand plaisir que le carnet continue à diffuser les travaux des Jeunes Chercheurs.euses venus de TELEMMe mais aussi d’autres unités de recherches et, nous nous réjouissons de constater que les Journées Jeunes Chercheurs.euses de TELEMMe restent dynamiques, questionnant de manière transversale, des objets centraux de la recherche en sciences humaines et sociales.
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Première direction ajointe et première direction féminineJe me souviens d’un 20 septembre, il y a une douzaine d’années. Le 20 septembre, c’est la date de mon anniversaire et, ce jour-là, j’étais allée au cinéma pour voir le film de Nanni Moretti Habemus papam ! Dans ce film, Michel Piccoli -alias le cardinal Melville- que ses confrères cardinaux finissent par choisir comme candidat au trône pontifical, ne cesse de se demander s’il est bien digne de cette charge imposante, s’il n’y a pas une erreur de casting quelque part. Il finit d’ailleurs par renoncer et s’enfuir sans laisser d’adresse. Toutes proportions gardées, c’est un peu la même impression que j’ai ressentie lorsque Maryline Crivello m’a appelée, ce jour-là, pour me demander si j’accepterais de former équipe avec elle en prenant la direction adjointe de TELEMMe. À la différence du cardinal Melville, cependant, je ne me suis pas enfuie…je me suis présentée au balcon et je ne l’ai pas regretté ! Une direction adjointe, il n’y en avait jamais eu au laboratoire -même si cette fonction était prévue dans les statuts-. Ma présence et mon rôle sont donc apparus inédits, et un peu étranges, pour tout dire, au départ de l’aventure, tant pour l’équipe que pour moi. Aussi sans doute aux yeux des tutelles qui n’avaient pas envisagé la possibilité qu’une direction adjointe de laboratoire puisse être assumée par un enseignant-chercheur. De fait, la première année, j’accomplis ma tâche de manière bénévole…une première qui, fort heureusement, fut aussi une dernière ! De fait, j’ai cumulé les premières fois en acceptant cette responsabilité : première participation à une direction féminine, première direction adjointe, première direction adjointe sous deux directeurs successifs, première médiéviste également à participer à la direction de TELEMMe, TELEMMe qui, ne relevant pas de la section 32 du CNRS ne pouvait, d’un point de vue administratif, être dirigé par un ou une chercheuse spécialiste des mondes anciens et médiévaux. Si je me suis lancée ainsi de manière, peut-être, un peu naïve et innocente, mon enthousiasme n’a fait que croître par la suite. Je peux dire aujourd’hui, avec le recul, que j’ai sincèrement aimé cette responsabilité aux facettes multiples mais toujours au plus proche, en dialogue tout autant qu’en interaction avec le cœur battant de l’unité, à savoir ses chercheuses et ses chercheurs, et plus particulièrement les plus jeunes d’entre eux. Mais en quoi consiste donc concrètement une direction adjointe d’un laboratoire comme TELEMMe ? Sans vouloir égrener les items d’une fiche de poste qui, d’ailleurs, n’existait pas, je voudrais souligner quelques points saillants. - J’ai partagé les responsabilités administratives liées à la bonne marche du laboratoire avec Maryline Crivello. Ceci s’est traduit, notamment, par ma participation à et la préparation, en amont, des conseils de laboratoire, des conseils scientifiques, des bureaux et des assemblées générales. - J’ai exercé une responsabilité en matière de conduite de la politique scientifique du laboratoire, en entente avec la direction de l’unité. Cela a consisté, notamment, en des entretiens individuels avec les candidats aux bourses doctorales et post-doctorales offertes par le LabexMed (alors porté par la MMSH) qui demandaient un rattachement à TELEMMe, la rédaction de lettres d’accueil personnalisées pour les chercheurs invités étrangers, le suivi scientifique des post-doctorants étrangers médiévistes rattachés au laboratoire (un post-doctorant italien, travaillant sur la fabrique du droit en Crète vénitienne de 2012 à 2014 ; un post-doctorant espagnol travaillant sur l’esclavage en Méditerranée de 2015 à 2016 et, en 2016-2018, un post-doctorant espagnol travaillant sur la mystique des femmes dans les régions du nord de la Méditerranée entre XIIIe et XVe siècle.) - Surtout, j’ai été responsable des doctorants au sein du laboratoire. Cette responsabilité s’est traduite notamment, à partir de 2012, par la mise en place de la procédure des comités de suivi de thèse, qui n’était pas obligatoire jusque-là. En 2017, au moment de la passation de direction entre Maryline Crivello et Xavier Daumalin, plus d’une cinquantaine de comités de suivi de thèse avait été organisée au sein de TELEMMe, dont la majorité en ma présence, quelle que soit la spécialité du candidat. Je voudrais ici rendre hommage à une personne qui m’a constamment assistée et stimulée dans l’accompagnement des doctorantes et des doctorants, qui s’est investie dans l’aventure autant que moi, et avec autant d’enthousiasme, c’est Claude Bruggiamosca. Avec Claude, nous avons cheminé de concert pour construire ensemble ce que l’on pourrait appeler l’« école doctorale » de TELEMMe -nous avons eu, d’ailleurs, le projet de proposer une école d’été- une dynamique qui se poursuit depuis lors, se développe et prospère, ce dont nous nous réjouissons. Je voudrais terminer en disant que sans cette expérience, je n’aurais sans doute pas souhaité me porter candidate à la direction de l’ED 355 et je me serais, par-là, privé d’une bien belle expérience ! Si donc l’aventure continue pour moi, c’est à TELEMMe que je le dois et à cette « première fois », qui joua le rôle de prémices.
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La porte de l’Europe : internationaliser les réseaux de recherches et la formation doctorale autour des circulations migratoires transnationalesLe projet européen TRANSMIC est lancé en 2014 pour une durée de 4 ans. Il s’intéresse aux migrations transnationales, aux enjeux de citoyenneté et à la circulation des droits et des responsabilités dans un monde de plus en plus marqué par les mobilités. Comment les circulations recomposent-elles les droits des citoyens ? Comment faire évoluer les droits, fixés dans des cadres nationaux, pour des familles transnationales de plus en plus mobiles ? Quelles sont les conséquences des circulations sur les besoins économiques, sociaux, juridiques, des personnes ? Comment repenser le développement, mais aussi les formes de citoyenneté, à l’aune des circulations transnationales ? Porté par l’université de Maastricht aux Pays Bas, il regroupe un consortium de collègues issus de 8 institutions : universités de Minho (Portugal), Liège (Belgique), Tampere (Finlande), Varsovie (Pologne), du CEPS (Center for European Policy Studies) de Bruxelles, de l’IMI (International Migration Institute) de l’université d’Oxford (Pays Bas), et d’Aix Marseille Université, via l’UMR TELEMMe. Y sont aussi associés un certain nombre de structures, associations, think tanks, qui constituent des espaces de déploiement de stages dans le cadre du projet. L’originalité de ce programme ITN (Initial Training Network) Marie Curie (FP7-PEOPLE-2013-ITN) réside dans l’accent mis sur la formation à la recherche : 10 thèses de doctorat et 2 post doctorats sont prévus par le projet et financés, les thèses pour une durée de 4 années chacune, les post doctorats pour deux ans. Chaque université accueille un ou plusieurs projets de thèse / post doc, pensés dans l’articulation de plusieurs terrains, en Europe et dans le monde, et de plusieurs disciplines : droit, économie, sociologie, anthropologie, géographie, sciences politiques. Tous les (post)doctorant.es du projet et leurs directeur.ices de recherches, souvent associé dans le cadre de cotutelles, participent à des sessions de formation (de quelques jours à une semaine chacune) organisées par le projet, chaque année (2 par an) dans les différents pays porteurs du projet, autour de : théories des migrations internationales et du transnationalisme, formation aux méthodes de recherche qualitative et quantitative, dimensions éthiques de la recherche en migrations, compétences d’écriture et de valorisation de la recherche. Les chercheur.euses du projet se retrouvent ainsi chaque année dans un réseau international qui se renforce à mesure que les thèses de chacun.e avancent. Les jeunes chercheur.euses effectuent de surcroit chacun.e un stage dans un établissement ou une structure partenaire du projet. En 2017, un colloque international organisé à l’Institut Européen de Florence (EUI, Italie), intitulé « Migration, rights, and citizenship: coming full circle in a challenging environment », a permis de rendre compte des principales avancées du projet. À Aix Marseille Université (UMR TELEMMe), le projet a permis le déploiement de deux thèses de doctorat en co-tutelle avec l’université de Maastricht, co-dirigées par Virginie Baby-Collin et Valentina Mazzucato : la thèse d’Ester Serra Mingot : Protecting across borders. Sudanese families across the Netherlands, the UK and Sudan (soutenance 2018, mention “cum laude”), et celle de Polina Palash : Organizing transnational social protection in times of crisis. Ecuadorian families between Ecuador, Spain and England (soutenance 2019). Il a permis plusieurs publications internationales et engagé une collaboration durable avec l’université de Maastricht (Valentina Mazzucato a depuis été professeure invitée à Telemme en 2023), comme avec d’autres structures partenaires du projet.
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Premières collaborations de TELEMMe avec les Instituts d'établissement : SoMuM, ITEM et OcéanDepuis janvier 2020, 15 instituts d’établissements ont été créés par Aix-Marseille Université, fruit d’une approche interdisciplinaire s’appuyant sur les unités de recherche, les écoles doctorales, les facultés et écoles de l’université, ainsi que sur ses partenaires socio-économiques. TELEMMe collabore à trois de ces 15 instituts : Sociétés en mutation en Méditerranée (SoMuM), l'Institut méditerranéen pour la transition environnementale (ITEM) et Sciences de l'océan (Océan). Nous présentons ici les premières collaborations avec chacun de ces instituts.
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30 ans et un nouveau projet scientifiqueL’année 2024 constitue une date importante dans la trajectoire de notre unité. Correspondant aux trente ans de son existence, cette année marque également la mise en place du nouveau contrat scientifique intitulé Méditerranée en commun (s). Les différents dispositifs (frise, questionnaire cadavres exquis, tables rondes) qui structurent les sixièmes Rencontres Méditerranéennes de TELEMMe mettent en exergue trois points saillants qui donnent sens à ce nouveau contrat. Le premier concerne l’identité de notre laboratoire qui reflète la cohérence d’une recherche collective centrée sur l’Europe méridionale et la Méditerranée. Le second met en jeu la façon dont nous « faisons communauté », au-delà des groupes et des axes (1. Espace et politique du sensible, 2. Des vies à gagner, 3. Mondes soutenables) auxquels nous nous rattachons et au-delà des statuts qui nous sont assignés : chercheurs, personnels d’accompagnement de la recherche (PAR), doctorants et doctorantes, post doctorants et post doctorantes. Les Rencontres Méditerranéennes de TELEMMe du 21 juin 2024 entendent en ce sens saisir la manière dont la recherche se fait dans notre UMR, dans l’interdisciplinarité (entre historiens, géographes, historiens de l’art, représentants des études hispaniques) avec l’appui indispensable des PAR mais aussi dans la collaboration avec les équipes ancrées dans notre écosystème proche (laboratoires de la MMSH et d’Aix-Marseille Université) ou plus lointain à l’échelle nationale ou internationale. Les différentes séquences autour desquelles cette journée est organisée visent aussi à éclairer les rapports que ses membres entretiennent avec le « labo », y vivent leur appartenance, se le représentent dans le présent, l’imaginent dans l’avenir, y partagent des expériences, notamment de thèse. Le troisième point saillant, particulièrement visible dans l’actuel contrat scientifique, porte sur la transversalité des dispositifs mis au service de la recherche collective renvoyant à des opérations spécifiques (RMT, Journées Jeunes Chercheur.es, Journées d’étude La Recherche et la Cité, Journées d’études Rectorat) ou à des structures plus pérennes tels les ateliers. Développant une réflexion épistémologique et méthodologique propre, ces ateliers visent pour certains à consolider la place de l’unité dans l’environnement régional en renforçant l’articulation de nos recherches avec les territoires (Observatoire du développement local) ou avec la communauté des artistes et les représentants des méthodes de recherche-création,(Genre dans l’espace euro-méditerranéen) ; d’autres, nés d’une série d’initiatives antérieures, poursuivent des objectifs plus opérationnels : produire des expositions numériques (Plate-forme 80 Documents à la Une) dans une perspective de valorisation et de médiation scientifiques ; fonctionner comme des lieux d’expérimentation (des méthodes visuelles et digitales, Atelier Visual Studies) ; définir des pratiques conformes aux politiques scientifiques de Science Ouverte (Atelier Science Ouverte) ou relevant des Humanités numériques. Leur inscription dans le contrat scientifique actuel témoigne d’une autre façon de faire communauté en partageant expériences et pratiques de recherche, notamment pour ce qui concerne la protection des données. L’évocation des 30 premières fois de TELEMMe, au cœur de ces sixièmes Rencontres méditerranéennes de TELEMMe, se clôt par cette notice qui souhaite à notre projet scientifique et à notre communauté qui le porte de continuer à naviguer longtemps sur une Méditerranée en commun(s).